zoo vincennes

REPORTAGE. Le zoo de Vincennes n’a pas rouvert depuis dix jours que déjà, les critiques pleuvent : « on ne voit pas d’animaux », « payer 25€ pour ne rien voir, c’est une arnaque »… Mais, sans tenir compte des avis défavorables que l’on trouve sur le Net et dans les médias, qu’en est-il vraiment… et objectivement ?

Le zoo de Vincennes, non pardon, le « parc zoologique de Paris » comme il se fait dorénavant appeler (le terme de « zoo » serait-il devenu tabou ?), se veut un espace moderne et respectueux de l’environnement de l’animal. Contrairement à ce qu’il était jusqu’à sa fermeture en 2008, le parc n’a plus pour objectif d’exhiber l’animal aux yeux des visiteurs. Aujourd’hui, c’est le visiteur qui doit s’adapter à l’animal et à son milieu. Et ça, ça déplaît.

Dire qu’on ne voit pas d’animaux, c’est faux. On les voit très bien, pour la plupart. Simplement, les gens ne comprennent pas qu’un animal, ça bouge, ça court, ça s’abrite sous un rocher… bref, ça vit. Ca ne s’amuse pas à prendre la pose devant les objectifs des appareils photo déchaînés devant une vitre en plexiglas. A fortiori quand les gens, surexcités, (il faut bien rentabiliser le prix du billet d’entrée à coup de clics sur son appareil numérique dernier cri), n’ont même pas l’intelligence (ou plutôt le réflexe, sans mauvais jeu de mot) de se dire que les flashs effraient et dérangent les animaux. Non, ils s’en moquent, il n’y a que leurs petits clichés qui comptent. Qualité photographique oblige, activons le flash. Tant pis pour les yeux éblouis des loups.

Que des enfants se permettent de piquer des crises de nerfs parce que la lionne a tourné sa tête du mauvais côté juste au moment où ils comptaient appuyer sur l’objectif, c’est inadmissible. Que leurs parents ne leur expliquent pas qu’un lion n’est pas une peluche mise à leur disposition, c’est encore pire. S’ils veulent des photos de lions, qu’ils tapent « lions » sur Google Images. C’est plus efficace.

Lionnes du parc zoologique de Vincennes - © Elisa Gorins - La Gazette animale

Lionnes du parc zoologique de Vincennes – © Elisa Gorins – La Gazette animale

Ou alors, qu’ils apprennent à observer l’animal comme il se doit. Cela nécessite d’attendre, de passer de longues minutes à scruter les moindres de ses faits et gestes, du bref mouvement d’une oreille à celui d’une queue. Et là, seulement là, vous aurez peut-être la chance de prendre « la » photo idéale.

De même, l’animal n’attend pas que vous passiez devant son enclos pour aller se montrer tout fier à vous. Lui, il se moque de vous. D’ailleurs, vous le dérangez plus qu’autre chose. Il se passerait bien de votre présence. Si vous le voyez, dîtes-vous que c’est une chance, un privilège qu’il vous octroie. Rien ne l’y oblige. Et si à la minute où vous passez devant son enclos, il n’apparaît pas, au lieu de râler, attendez un peu, ou repassez plus tard. Rien ne vous empêche d’aller faire un tour du côté des manchots, des babouins (qu’on voit très bien), ou de la grande serre tropicale regorgeant d’animaux exotiques, avant de retourner chercher le jaguar.

Jaguar du parc zoologique de Vincennes - © Elisa Gorins - La Gazette animale

Jaguar du parc zoologique de Vincennes – © Elisa Gorins – La Gazette animale

Des enclos pas si grands

Le jaguar, d’ailleurs, parlons-en. Il n’est pas là depuis longtemps, mais il fait de la peine. Une infinie tristesse se dégage de lui, malgré sa splendeur. Il est sublime. Il est seul. Et il passe ses journées à tourner en rond dans sa cage. Oui, pour lui, on parlera de cage, car contrairement à ce que le zoo revendique, tous les enclos ne sont pas immenses. Celui du jaguar, en l’occurrence, est relativement petit. Pas assez grand du moins, pour que son habitant ne s’en soit pas lassé au bout de quelques jours seulement. Il en a fait le tour, et il s’emble déjà s’ennuyer. Pauvre bête.

Les loups non plus n’ont pas tellement l’air à l’aise. Si certains d’entre eux s’amusent en jouant à chat (un comble, pour des loups !), le chef de meute, lui, est aux aguets. Prostré en hauteur sur un rocher, il se tient droit. La queue repliée entre les pattes, il ne quitte pas des yeux la foule amassée devant la vitre en plexiglas. Il a peur. Les objectifs des Reflex qui se plient et se déplient devant lui le stressent. Les flashs aussi. Sans oublier le bruit des sirènes des pompiers qu’on entend au loin (une route très empruntée est juste derrière le zoo). Pour les visiteurs, c’est le deal idéal : au moins, lui, il ne bouge pas. Il reste sagement sur son rocher, et prend la pose. Pauvre bête, bis.

Les girafes, les stars du zoo

Les girafes, elles, semblent bien aimer la présence des touristes. Il faut dire qu’elles en ont l’habitude : toutes les seize sont nées en captivité, dans l’ancien zoo de Vincennes. Elles font toutes partie de la même famille, sont mères, grands-mères, tantes ou cousines. Seul le mâle est exclu d’un tel harem : il a son enclos à lui tout seul. Un peu triste à voir, d’ailleurs.

Toujours est-il que les girafes ne craignent pas les humains. Elles osent même approcher la foule de très près. Et pour cause : parfois, des abrutis – c’est bien le terme – leur jettent des morceaux de pain. Alors forcément, ça les attire. Ainsi proches des objectifs, elles deviennent de vraies top-modèles. Quelle importance de rendre les animaux malades, après tout ? Il n’y a que les photos qui comptent. Avec le très grand rocher en arrière-plan, ça fera une belle image en souvenir. Les bêtes (les gens bêtes) ne se posent même pas la question. Et le parc lui-même n’a pas (encore) eu la présence d’esprit de planter des panneaux indiquant « interdit de nourrir les animaux », pas plus que « flash interdit ».

Girafes du parc zoologique de Vincennes - © Elisa Gorins - La Gazette animale

Girafes du parc zoologique de Vincennes – © Elisa Gorins – La Gazette animale

Aux premières loges, une enfant dans sa poussette fait un caprice pour rester regarder les girafes plus longtemps. Sa mère cède : « bon, ok, on reste, de toute façon, il n’y a qu’elles qu’on voit bien ». La femme se retourne, et prend une autre touriste à partie : « non mais franchement, vous trouvez qu’on les voit bien, vous, les animaux ? ». Son interlocutrice écarquille les yeux et lui répond : « oui, on les voit très bien. Simplement, il faut apprendre à les regarder ». Enfin une qui a compris.

Le parc zoologique de Paris n’est peut-être pas le zoo le plus extraordinaire de France. Cerza, Thoiry et Beauval n’ont rien à lui envier. Eux peuvent vraiment se targuer d’être des « parcs zoologiques » plus proches de « réserves naturelles » que de « zoos ». Mais pour un parc intra-muros, celui de Vincennes a du mérite. Tant que les animaux s’y sentent bien…

Elisa Gorins


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2 commentaires sur “Zoo de Vincennes : les bêtes ne sont pas forcément celles qu’on croit