Quand un selfie pris par un singe remet en cause les droits d’auteur


Un singe noir à crête se prend en selfie - David Slater

Un singe noir à crête se prend en selfie – David Slater

Trois ans après s’était pris en photo avec l’appareil d’un photographe animalier, un singe noir à crête devient une véritable star. Et pour cause : son selfie fait le buzz, entraînant avec lui une bataille juridique et une remise en question des droits d’auteur.

Peut-on reconnaître des droits d’auteur à un macaque ? C’est la question qui se pose actuellement. Mercredi dernier, Wikimédia, l’organisme qui gère les photos de Wikipédia, a révélé une histoire rocambolesque en rendant publics tous les liens que la société a refusé de supprimer des résultats de recherche en Europe au motif du droit à l’oubli. Et parmi eux, figurait l’affaire du selfie pris par un singe.

Cette affaire, c’est celle de David Slater, un photographe animalier britannique, qui, en 2011, est parti photographier des animaux dans un parc national en Indonésie. Soudain, un singe noir à crête – un animal très rare et menacé – lui subtilise son appareil photo et, sans le savoir, prend une centaine de clichés dont une série de selfies hilarants, avant de le lui rendre. Sur ces autoportraits, le singe affiche un sourire radieux, telle une star en train de prendre la pose en plein shooting. L’un d’entre eux en particulier affiche une incroyable image, cadrée, au grain net et aux couleurs vives. Sans en avoir conscience, le macaque vient de réaliser le selfie le plus improbable et certainement le plus réussi de l’histoire du selfie !

David Slater relate alors au Telegraph : « Au début, les singes faisaient beaucoup de grimaces en montrant leurs dents, parce que c’était probablement la première fois qu’ils voyaient leur reflet. Ils étaient déjà en train de poser devant l’appareil lorsque l’un d’eux a appuyé sur le bouton. Le son a attiré son attention et il est resté appuyé dessus (…). Quand j’ai récupéré mon appareil, des centaines de photos avaient été prises mais pas beaucoup avaient été mises au point. De toute évidence, le singe n’avait pas su travailler cela… », plaisante-t-il. Et d’ajouter : « j’aurais souhaité rester plus longtemps, comme ça, le singe aurait fait un album de famille entier ! »

Des singeries qui valent cher

Des clichés qui ont largement su séduire Wikipédia…En effet, la société a choisi de l’utiliser afin d’illustrer sa page sur le singe noir à crête. Pour ce faire, Wikipédia a décidé de diffusé le cliché du singe sous licence Wikimedia Commons, une gigantesque collection de 22 millions d’images libres de droits que n’importe qui peut utiliser sans reverser le moindre revenu à son auteur.

Une situation qui n’a pas plu au propriétaire de l’appareil photo : estimant que les selfies du singe lui appartiennent et que des droits d’auteur lui reviennent, David Slater mène depuis une bataille juridique contre les auteurs de l’encyclopédie en ligne, et les menace désormais de les attaquer en justice. « Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que pour me priver de mes droits d’auteur, ils doivent se baser sur une décision de justice, explique le photographe au Telegraph. Un singe a appuyé sur un bouton, mais c’est moi qui ai effectué tous les réglages de l’appareil. »

Mais Wikimédia de démentir : « pour réclamer les droits, le photographe devrait avoir apporté une contribution significative au cliché final, et là encore, il ne serait pas propriétaire de la photographie initiale ». Et si la loi américaine ne prévoit pas d’attribution automatique des droits d’auteur aux auteurs non-humains, Wikipédia explique cependant que « personne ne pouvait prétendre à la paternité juridique de cette image, et elle est donc tombée dans le domaine public. »

David Slater a beau menacer Wikimédia de faire un procès, sa bataille semble donc perdue d’avance. Hélas pour lui, ce sont des milliers de dollars qui lui passent ainsi sous le nez… !

Elisa Gorins

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