Mais qu’est-ce que c’est que ce cirque ?


cirque ritz

C’est pendant l’été que de nombreux cirques parcourent les routes de France à la recherche de leur public situé aux quatre coins du pays. Apportant une chouette distraction aux enfants en vacances, ils semblent – fort heureusement – de moins en moins bien perçus par leurs parents.

« Un chapiteau ! », s’exclamaient les bambins enthousiastes en revenant de la plage, un seau et une pelle à la main. En sandalettes, ils s’empressaient gaiement de tirer leur maman par la main pour aller vers la grande tente colorée encerclée de caravanes. Nous étions le lundi 4 août, et le cirque Ritz qui venait d’arriver près du pont de Trouville, en Normandie, devenait l’attraction phare de la station balnéaire pendant deux jours.

Le cirque s’était installé là la veille au soir. Vers 23h, des hommes avaient monté le chapiteau comme on le voit dans Dumbo. Mais ici, pas d’éléphants. En revanche, un zèbre, un buffle, un âne, un cheval et un poney des Shetlands avaient déjà pris leurs quartiers dans de minuscules enclos de fortune installés pour l’occasion. Des enclos comme les pauvres bêtes avaient sûrement l’habitude d’en voir, trimballés de ville en ville comme des marchandises depuis des mois. Mais même avec l’habitude, des animaux sauvages ne peuvent jamais s’accoutumer à l’état d’extrême captivité auquel ils sont réduits. A l’instar du zèbre, assoiffé et dans un état de stress à faire pleurer. Balançant la tête nerveusement de droite à gauche comme s’il était possédé, il montrait tous les signes d’un animal souffrant de « comportements stéréotypes » : ces mouvements compulsifs répétés plusieurs heures par jour par les animaux déprimés et apeurés.

Un employé du cirque eut soudain la sage idée d’apporter un seau d’eau au buffle. Son voisin le zèbre en serait devenu fou de jalousie. Il mourrait de soif, mais la barrière qui le séparait de l’enclos du buffle ne lui permettait pas d’accéder à l’eau. Une âme charitable passant par là suggéra alors à l’homme d’abreuver également le zèbre. Il répondit : « mêlez-vous de ce qui vous regarde ! ». « Ce sont des gens comme vous qui devraient être enfermés dans des cages à la place de ces animaux », rétorqua la passante.

photo (19)

Des lions en cage

Quelques mètres plus loin, d’imposants camions laissaient présager qu’ils contenaient d’autres animaux. Et effectivement, le lendemain matin, les véhicules étaient ouverts, permettant aux visiteurs de découvrir des lions prisonniers à l’intérieur derrière des barreaux. Un mâle et deux femelles dont l’une avait une grosse cicatrice entre l’œil et le museau. Les fauves avaient donc passé la nuit, et sûrement plusieurs heures de plus durant le trajet, enfermés entre les quatre murs en acier du camion. « Quand je suis passée ce matin, ils étaient en train d’ouvrir les camions placés en plein soleil, relata une dame. Le mâle était dans un tel état qu’il s’est mis à bondir à s’en cogner la tête contre le plafond du camion, et les femelles tournaient en rond comme des folles ». Encore des signes de comportements stéréotypes, témoins du mal-être des animaux. Et évidemment, là non plus, il n’y avait pas d’eau. « Je voudrais bien mais leur donner à boire, mais je n’y suis pas autorisé : ils n’obéissent qu’à leur maître », prétexta un employé.

Accablés par la chaleur, assommés par les trompettes qui résonnent plus de trois heures par jour sous le chapiteau, les lions semblaient apathiques. Peut-être avaient-ils étaient drogués quelques heures plus tôt afin d’être plus dociles, plus vulnérables, devant les coups de fouet de leur dompteur

Tous les curieux qui passaient devant leur cage au cours de la journée étaient unanimes : « ça fait mal au cœur de les voir comme ça », déclaraient-ils. Bien sûr, c’est « amusant » de voir des animaux sauvages qu’on a rarement la chance de rencontrer à proximité de chez soi, bien sûr, c’est distrayant pour les enfants… mais les observer dans ces conditions, « ce n’est pas acceptable ».

Naïvement, une autre passante qui regardait les lions avec intérêt, estima : « ils n’ont pas l’air malheureux, ils doivent être sortis dans la journée pour se défouler ! » Mais non. Les animaux restent enfermés nuit et jour dans des cages dans lesquelles ils n’ont même pas la place de faire deux pas, et n’en sortent que pour recevoir des coups de fouet durant les deux représentations quotidiennes. Surprise, la femme rétorqua : « mais pour travailler avec des animaux, il faut les aimer quand même ! » Là encore, la réponse est non. On ne peut pas aimer des animaux sauvages qui ont besoin de parcourir des dizaines de kilomètres par jour en les enfermant dans des cages. La femme insista : « il faut bien aller voir le spectacle de toute façon, car il leur faut de l’argent pour nourrir les bêtes ». Non. Il ne faut surtout pas payer pour voir des animaux se faire torturer, car c’est les encourager à continuer. Il faut au contraire tout faire pour arrêter ce cirque.

Elisa Gorins

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *