Pourquoi il ne faut pas trouver Dory


 

Le Monde de Dory est sorti mercredi dernier au cinéma en France, et déjà, il cartonne au box-office américain. Et pour cause : l’héroïne de la suite du Monde de Nemo n’est autre que Dory, un poisson chirurgien bleu qui risque bien d’être victime de son succès. Exactement comme l’ont été les dalmatiens après la sortie des 101 dalmatiens, les cockers après celle de La Belle et le Clochard, ou encore les rats domestiques lorsque Ratatouille est sorti.

 

Les poissons tropicaux n’ont pas attendu les studios Walt Disney et Pixar pour être capturés et victimes de trafic. Cependant, à en croire le dernier rapport de Craig Downs, biologiste marin, un million de poissons clowns ont été capturés dans les récifs coralliens en 2003. C’est justement cette année-là qu’est sorti Le Monde de Nemo, dont les poissons-personnages principaux appartiennent à cette espèce. Nemo et son père, Marin, auraient donc largement contribué à l’explosion de la pêche et du commerce de poissons clowns. «  À la suite de ce phénomène, il y a des endroits dans le monde où les populations ont fortement décliné », explique au Nouvel Obs Sébastien Voilet, technicien spécialiste des poissons tropicaux à l’Océarium du Croisic.

 

Pêche au cyanure

 

Un constat d’autant plus problématique que, d’après le scientifique, cette capture est illégale. Il s’agirait d’une pêche au cyanure ayant la particularité d’étourdir les poissons afin de les rendre plus faciles à attraper. Mais le cyanure, en plus d’être extrêmement nocif pour les animaux, provoque une altération dramatique du récif corallien. Ce ne sont donc pas seulement certains types de poissons visés par les pêcheurs, mais bien tout l’écosystème marin qui s’en trouve impacté.

 

Trafic pour les animaleries

 

Illégale, cette pêche sert souvent à alimenter les réseaux de trafiquants. Capturés par de petits pêcheurs en Indonésie ou aux Philippines, les poissons sont ensuite vendus aux enchères sur Internet, et se retrouvent finalement dans des animaleries. L’Europe, les Etats-Unis, la Chine et le Japon sont les principaux consommateurs de poissons et coraux d’ornement dans le monde.

Le poisson chirurgien bleu n'est pas une espèce menacée... mais pourrait le devenir à cause d'un effet de mode.

Le poisson chirurgien bleu n’est pas une espèce menacée… mais pourrait le devenir à cause d’un effet de mode.

 

Pourtant, au-delà du problème de conscience que cela suppose, la plupart des gens ignorent que la possession d’un poisson chirurgien bleu représente un réel investissement. En effet, en captivité, cette espèce a besoin d’un aquarium d’au moins 500 litres d’eau de mer. Son habitat doit être enrichi de façon à recréer l’écosystème dans lequel il vivait à l’état sauvage : il lui faut donc cohabiter avec d’autres espèces, coraux et invertébrés. Et même avec ces précautions, la survie d’un poisson chirurgien bleu ayant été capturé en mer (a fortiori au cyanure) n’est pas garantie.

 

Le Monde de Dory, ode à la liberté

 

Après avoir vu Le Monde de Dory, de nombreuses personnes vont souhaiter acquérir un poisson chirurgien bleu, exactement comme Le Monde de Nemo a engendré un effet de mode en ce qui concerne le poisson clown. Les passionnés d’aquariophilie qui souhaitent se procurer un poisson chirurgien bleu doivent donc procéder à un achat responsable : « la solution est d’exiger la qualité. Il faut poser des questions, demander des preuves au fournisseur ou acheter des produits nés en captivité », conseille Pierre Gilles, expert à l’Institut océanographique de Monaco.

 

Toutefois, la meilleure option est encore de ne pas contribuer au commerce de poissons tropicaux. Les studios Disney-Pixar eux-mêmes semblent vouloir délivrer un message appelant à la préservation des océans. Le Monde de Dory peut ainsi s’interpréter comme une véritable critique de la captivité des espèces marines et des parcs tels que SeaWorld. Dans ce film, dont l’action se situe dans un parc équivalent, le refrain « secourir, soigner, remettre en liberté » ne cesse d’être répété.

 

Elisa Gorins

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