Mort du lion Cecil : Pourquoi autant de réactions ? 1


Chaque jour dans le monde, des milliers d’animaux protégés meurent piégés par les braconniers. La Gazette Animale vous relate régulièrement ces histoires. Mais la mort de Cecil le lion, icône nationale et désormais planétaire a ému l’ensemble du grand public. 

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D’abord ce fut une véritable indignation médiatique, puis un lynchage numérique historique. Et comme très souvent après ce genre de « phénomènes », des rumeurs en tout genre ont circulé. La mort d’un animal n’avait jamais autant suscité d’émotion dans le monde.

Souvenez-vous, les circonstances de sa mort étaient proche de l’illégalité car l’animal a d’abord été attiré par le chasseur américain avec une carcasse d’animal à l’extérieur du parc national, dans l’enceinte duquel la chasse est strictement interdite et sévèrement punie. Le dentiste américain avait payé 50 000 dollars un braconnier Zimbabwéen désormais poursuivi par la justice. Cecil a ensuite été blessé par une flèche, puis pourchassé pendant deux jours. Epuisé, il a finalement été achevé d’une balle à bout portant. Cette façon de préméditer l’acte et d’avoir déjoué la juridiction locale a sans doute provoqué l’émoi.  

Et six jours après, la colère est loin d’être retombée. Le Hashtag #CecilTheLion reste largement utilisé sur Twitter et les rumeurs vont bon train : le week-end dernier, de nombreux médias ont ainsi relayé la mort d’un autre grand félin du parc, Jericho, présenté comme le frère de Cecil. Un lion qui n’était en fait ni mort, ni le frère de Cecil. 

Pourquoi autant de réactions ?

Le magazine scientifique Tink Progress a interrogé un chercheur canadien appelé « Small », sur cette émotion soudaine mondiale, qui ne le surprend pas, car le lion fait partie selon lui, de la « mégafaune charismatique ».

Il explique que depuis toujours, l’opinion publique, les politiciens, les scientifiques, les médias, les sociétés de divertissement et les organisations de protection de la faune ont beaucoup d’empathie pour un nombre réduit d’espèces connues et admirées. Parmi les animaux les plus admirés, on remarque que la taille est un critère important : « les créatures immenses provoquent un grand respect, alors que les espèces petites sont ignorées. Le glamour est très important pour provoquer une attention bienveillante. Il existe une expression pour désigner ce type d’animaux : Megafaune charismatique. Ils sont aussi très photogéniques. Il n’y a pas plus charismatique qu’un lion ».  Autre caractéristique de Cecil : il porte un nom. Et nous admirons les animaux qui possèdent des similarités avec les humains. Les lions ont beaucoup d’autres caractéristiques dites « humaines ». Des yeux  parallèles qui vous regardent droit dans les yeux, et un rapport parents-enfants fort, par exemple ».

De plus ce lion a gagné une popularité avant sa mort par sa crinière noire unique. Chaque site spécialisé connaissait cet emblème national. Par ailleurs, l’actualité est régulièrement marquée par la mort d’animaux de la savane. Malheureusement, la mort du lion Cecil se démarque par tous les éléments indiqués ici, et ce, alors que d’autres lions sont tués chaque jour par le braconnage ou la chasse légale.

Pourquoi la chasse est encore autorisée au Zimbabwe ?

Certains avis de spécialistes de la faune africaine peuvent parfois surprendre et choquer : selon certains, un nombre limité de licences de chasse au gros gibier peut permettre un meilleur contrôle de la faune et surtout, peut sauver beaucoup d’espèces protégées du braconnage et du grand banditisme. Ces licences procurent des revenus aux rangers des parcs, en général peu ou rarement payés. Cela leur évite de tomber dans le braconnage sauvage. C’est pour cette raison qu’il n’y avait pas jusqu’à aujourd’hui de lois contre la chasse au gros gibier et que des institutions comme le Wildlife Fund ne s’y opposaient pas totalement. On peut trouver assez facilement les listes de prix de ces licences de chasse sur les forums spécialisés. Il y a même un débat virulent sur twitter entre ceux qui défendent l’interdiction totale de la chasse et ceux qui sont pour une chasse « contrôlée » et respectueuse de l’environnement. Aux Etats-Unis, des sénateurs envisagent quant à eux de proposer une loi nommée « Cecil le lion » qui interdirait la chasse et l’import de trophées d’animaux menacés sur le territoire américain.

On ne peut néanmoins le nier, la chasse et plus particulièrement le braconnage, a eu un impact considérable sur la faune et la flore : De fait, en vingt ans, la population de lions sauvages, a connu une diminution de 40 % en Afrique, pour atteindre une population de 32 000 individus, qui n’évoluent plus que sur 8 % du territoire d’origine. Le félin est sous le coup d’une multitude de pressions : conflits avec les humains qui protègent le bétail, diminution de la nourriture, disparition de l’habitat et surtout le braconnage. Même si le Zimbabwe vient de suspendre la chasse au gros gibier sur son territoire après cet incident, difficile de croire pour autant que le pays abandonnera cette chasse touristique et légale qui est à l’origine de la mort de 600 lions par an mais qui rapporte plus de 200 millions de dollars chaque année…  

 

 


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