Les animaux sur scène : la question éthique du jour 1


Après la polémique créée il y a quelques jours par l’utilisation du taureau Easy Rider sur la scène de l’Opéra de Paris et celle du sort d’un homard sacrifié dans une pièce jouée à Montpellier il y a de ça quelques mois, La Gazette Animale a décidé de vous éclairer un peu plus concernant la place des animaux dits « de divertissement ».

Le cirque, l'une des multiples situations ou l'animal est considéré comme un simple divertissement

Le cirque, l’une des multiples situations ou l’animal est considéré comme un simple divertissement

Les animaux utilisés à des fins de « loisirs », sont catégorisés en animaux de divertissement et concernent les zoos, les cirques, la corrida, les courses, le rodéo et les combats d’animaux. L’une de ces situations est moins connue, peut-être parce qu’elle semble poser assez peu de difficultés : l’utilisation d’animaux au théâtre. Pourtant, il semblerait que depuis une quinzaine d’années, on utilise de plus en plus d’animaux sur la scène artistique.

Ce week-end, on a beaucoup entendu parler de l’utilisation de Easy Rider le taureau, sur la scène de l’Opéra de Paris dans la pièce « Mose und Aron » de Schönberg. L’animal, qui apparaît à deux reprises durant environ quinze minutes, est placé dans une cage en plexiglas transparente avant de se retrouver sur scène pour se faire asperger de peinture noireUne mise en scène qui fait effectivement beaucoup parler d’elle et crée la polémique. Préoccupés par l’utilisation faite de l’animal, des défenseurs de la cause se sont mobilisés en mettant en ligne de nombreuses pétitions pour venir en aide à la bête et la « libérer ».

Pourtant, l’Opéra de Paris, prévoyant cette polémique, a précisé au public qu’Easy Rider était préparé depuis plusieurs mois au contact de l’homme, qu’il était habitué en douceur aux musiques et éclairages et hébergé dans une école vétérinaire réputée pendant son séjour à Paris.

Ce que l’on peut alors se demander, c’est ce que l’utilisation d’animaux sur scène implique et suppose.

En premier lieu, si la présence d’animaux au théâtre ou autre, permet d’attirer le public et de le captiver beaucoup plus, grâce au fait qu’ils apportent une part de « réel » à la pièce, elle suppose également la captivité. Qu’il soit domestiqué ou sauvage, l’animal doit être gardé en captivité pendant souvent plusieurs mois. Cela implique donc qu’il soit retiré de son milieu naturel, pour les besoins d’un divertissement la plupart du temps éphémère.

Ensuite se pose la question du bien-être, caractérisée par l’absence de faim, de soif, de stress, de peur et de douleurs… Mais, tout animal réalisant une prestation sur scène aura été auparavant dressé par l’homme, et son comportement naturel aura été modifié. Les spectateurs ne le voient pas, mais les leviers de ce « dressage » sont souvent la peur, la privation de nourriture et même la violence. On peut prendre l’exemple de l’exposition « Faire le mort »(2003), où Douglas Gordon met en scène une éléphante indienne qui simule sa propre mort. L’artiste avait repris un fait qui s’était déroulé l’année-même, lorsque des militants s’étaient mobilisés contre la maltraitance d’une autre éléphante, Samba, violentée pour avoir refusé d’exécuter ce même numéro. Le bien-être de l’animal n’est alors pas respecté.

Alors, est-ce que cette entorse au comportement naturel de l’animal et à son bien-être peut se justifier au nom de l’art et du divertissement?

Cela dépend bien sûr du bon sens de chacun, et aussi du type de divertissement. Il est évident par exemple, qu’aucun divertissement ne pourra « valoir » la torture et la mise à mort d’un taureau, même si on l’appelle « corrida », et que certains l’excusent au nom de la tradition locale.

Vaste question à méditer…

Sonia Khemiri


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Commentaire sur “Les animaux sur scène : la question éthique du jour

  • Chanimo

    Grand débat! Un débat qui sera sans doute au premier plan de ce siècle, avec l’apologie des menus végétariens, les gens se posent de plus en plus de « bonnes » questions. Être ami avec un animal, suppose-t-il d’exercer sur lui une forme de pouvoir ou de posséssivité?
    Merci pour cet article qui donne à réfléchir dan le bon sens.