Lassés par la société de consommation, ils plaquent tout pour devenir écovolontaires


Céline et Anthony ne sont pas un couple ordinaire. Il y a quelques années, ils ont décidé de rompre avec leur routine quotidienne pour devenir écovolontaires et partir à la rencontre d’espèces menacées. Après plusieurs voyages à travers la planète, ils se sont récemment lancés dans un tour du monde en 4X4 durant lequel ils tenteront d’apporter leur aide aux parcs naturels qu’ils croiseront sur leur route. Rencontre avec deux baroudeurs hors du commun.

Celine et Anthony tentent, à travers leur projet, de faire entendre leur message de protection animale. © Around The Rock

Celine et Anthony tentent, à travers leur projet, de faire entendre leur message de protection animale. © Around The Rock

 

– Petit rappel du parcours des deux aventuriers

Céline GIBERT,
née en juin 1984 (30 ans), est originaire d’Avranches (50). Diplômée d’un master 1 Management international obtenu après 6 mois d’études en Corée du Sud, à l’université d’Ewha Womans University, elle se spécialise ensuite dans le contrôle de gestion à l’IAE de Caen pour obtenir son master 2 de Gestion.
Elle débute sa carrière au sein d’un équipementier automobile avant d’occuper le poste de contrôleur de gestion chez MPO, fabricant français de disques optiques et de vinyles.

Anthony PHILIPPE,
né en mars 1974 (40 ans), est originaire de Mortain (50). Diplômé d’un B.T.S en Productique, il multiplie les expériences professionnelles dans des sociétés comme Acome (fabriquant de câbles électriques et fibres optiques), Guy Degrenne, Adiamix (société de découpe emboutissage qui a repris une partie de l’activité Moulinex-Seb),…
Une vingtaine d’années passées dans le monde industriel, lui ont permis d’occuper des fonctions allant d’opérateur sur centre d’usinage à responsable commercial pour le compte d’une société hollandaise de transformation d’aciers inoxydables.

 

– Pouvez-vous nous en dire plus sur votre projet ? Quels  en sont les principaux objectifs ?

Le projet s’intitule AROUND THE ROCK TOUR DU MONDE ECOVOLONTAIRE A LA RENCONTRE DES ESPECES MENACEES.
Le terme « AROUND THE ROCK » nous rappelle que la terre est un rocher couvert d’eau et de végétation, indispensables à la survie de la biodiversité. L’homme est totalement dépendant de la planète et peut la surexploiter de façon irréversible ou la préserver pour les générations futures d’où la question : Que souhaitons-nous faire de notre rocher ?

La réponse peut sembler évidente et pourtant la prise de conscience de chaque individu est différente suivant son origine géographique et son mode de vie.
Nous avons décidé, pour notre part, d’agir pour l’avenir de la biodiversité en nous orientant vers la protection des espèces menacées et de leur habitat.

Depuis 2002, nous avons multiplié les voyages à travers le monde en « backpackers », mais notre premier voyage écovolontaire auprès des rhinocéros au Swaziland (août 2008) a changé notre vision du voyage. Nous avons ensuite décidé de voyager utile en tant qu’écovolontaires :
– Au refuge des félins en Floride (Décembre 2008),
– Dans la réserve zoologique de Calviac (août 2012) dédiée aux petites et moyennes espèces menacées,
– Au Centre Vétérinaire de la Faune Sauvage et des Ecosystèmes à Nantes (Août 2013).

Nous sommes passés du statut de touriste à celui de bénévole faisant ainsi germer dans notre esprit le projet d’un tour du monde, ponctué d’interventions bénévoles dans des réserves, refuges ou associations protégeant la faune et la flore.

LES OBJECTIFS  : 
–    Rechercher des réserves, refuges et associations sur les 5 continents,
–    Rencontrer les acteurs sur le terrain afin de bien appréhender leurs besoins,
–    Travailler bénévolement auprès des associations afin de les soutenir dans leur démarches,
–    Promouvoir les actions de ces organismes afin qu’ils bénéficient ensuite du soutien d’autres écovolontaires,
–    Apporter à ces associations une visibilité sur le site Web à travers des vidéos, photos et témoignages,
–    Mettre en évidence que nous pouvons tous vivre l’écologie de façon concrète en aidant les associations qui travaillent dans l’ombre des grandes organisations.

Leur fidèle 4*4 les as transportés des dunes désertiques aux cimes enneigées. © Around The Rock

Leur fidèle 4*4 les as transportés des dunes désertiques aux cimes enneigées. © Around The Rock

 

 

– Qu’est-ce qui vous a poussé à le réaliser ?

A notre retour du Swaziland, nous avons eu beaucoup de mal à reprendre notre activité dans notre société de consommation, dite moderne. Nous voulions agir à notre petit niveau pour préserver notre environnement et sa biodiversité.

Nous sommes de plus en plus loin de la nature et en oublions même que nous n’en sommes qu’une partie au même titre que toutes les autres espèces de la planète.

Toutes nos propositions de bénévolat auprès des grandes organisations qui travaillent à l’international, se sont soldées par la même réponse « faites un don, on s’occupe du reste ». Nous avons donc abandonné ces pistes et avons décidé de créer l’association Around The Rock pour mettre en relation les associations qui ont besoin de bénévoles et les écovolontaires qui souhaitent agir concrètement sur le terrain.

Il est très difficile de trouver des missions écovolontaires gratuites et nous prospectons pendant ce tour du monde afin d’en détecter ou d’en organiser. Idéalement, les associations assurent le gite et le couvert aux écovolontaires qui les aident.

Mais malheureusement le rapport à l’argent est présent partout et à chaque nouvelle étape de notre parcours nous devons négocier.

 

– Quelles sont vos démarches pour arriver à faire passer votre message ?

Le site internet, Facebook et les vidéos sont évidemment des moyens puissants de communication, mais au-delà de cela, nous essayons de faire passer notre message par l’exemple. En effet, si des personnes lambda comme nous peuvent agir par des petites actions, cela prouve que tout le monde est capable de mettre sa pierre à l’édifice. Il n’est pas toujours nécessaire de se rendre à l’autre bout de la planète pour devenir acteur.
Nous avons présenté notre projet auprès de 5 écoles primaires de Basse-Normandie où nous avons été agréablement surpris par les connaissances et l’implication des élèves et des instituteurs. C’est un signe positif qui indique que les nouvelles générations sont plus sensibilisées à la préservation de l’environnement que nous pouvions l’être à leur âge. Nous leur indiquions que l’observation de la nature était déjà une action qui permettait de mieux la comprendre pour mieux la protéger.

Au Kazakhstan, nous avons présenté à une classe d’étudiants en biologie, l’impact que nous avons sur l’environnement en tant que consommateur. En effet, à l’arrivée des fêtes de fin d’année les magasins remplissaient leurs rayons de chocolat de toutes marques dont la majorité sont produits à partir d’huile de palme. Nous avons donc évoqué les différents problèmes générés par la consommation de ces produits :

–      Sur le plan environnemental, la perte de la biodiversité, puisque les forêts primaires font place à la monoculture de palmiers à huile, ne permettant plus à la faune de subsister.

–      Sur le plan sanitaire, ces huiles de qualité médiocre associées au sucre ne sont pas forcément ce qu’il y a de mieux pour la santé des consommateurs.

–      Sur le plan économique, la consommation de ces produits ne permet pas de faire vivre les producteurs locaux, qui pourtant proposent aux consommateurs des produits de qualité à base de miel, de fruits…

Le film de Patrick Rouxel « Green » est l’illustration parfaite du premier point cité. Ce film sans parole que nous leur avons présenté, est une référence pour nous et permet de comprendre comment notre façon de consommer impacte directement l’environnement.

Notre message est toujours le même, si nous ne pouvons pas agir directement sur le terrain, nous pouvons tous être acteur en consommant mieux.

 

– Selon vous, l’éco-volontariat, c’est quoi ?

L’écovolontariat consiste à mener des actions bénévoles en faveur de l’environnement en général.

Le voyage écovolontaire est un état d’esprit et demande beaucoup d’implication et de flexibilité, mais pas de compétences spécifiques. Tout le monde peut donc être écovolontaire. Cela permet de voyager autrement et de façon utile, en participant à des actions concrètes sur le terrain en compagnie de biologistes, scientifiques, rangers et autres acteurs des réserves, parcs, refuges et autres organismes de protection de l’environnement.
L’écovolontariat est également un échange qui place les écovolontaires au cœur des structures d’accueil et de ce fait les met en contact direct avec la population locale.
L’écovolontariat est un moyen extraordinaire de découvrir le monde et la vie sauvage.

 

– Comment gérez-vous l’aspect financier de votre projet ?

Nous sommes des gens simples, sans enfant, avec un mode de vie simple, ce qui nous a permis d’économiser suffisamment d’argent pour payer nos futures dépenses de déplacement et de nourriture.

Mais nous ne voulions pas que l’argent nous empêche de réaliser ce projet. Nous voulions le faire, et si nous n’avons pas assez de ressources, nous trouverons une solution (des petits boulots le temps de renflouer les caisses par exemple…). Le souci est que dans notre système, tout est ramené à l’argent et on en oublie vite les bases. On peut vivre simplement avec peu. D’ailleurs, c’est aussi la raison pour laquelle nous dormons dans le véhicule ou dans les réserves. En neuf mois de voyage, nous n’avons jamais dormi à l’hôtel.
Nous avons eu des sponsors pour la partie matériel (véhicule, couchage, vêtements…) et notre association reçoit quelques dons, mais pour notre projet, il s’agit essentiellement d’autofinancement.

Le léopard des neiges n'est qu'une des nombreuses espèces auxquelles le couple est venu en aide. © Around The Rock

Le léopard des neiges n’est qu’une des nombreuses espèces auxquelles le couple est venu en aide. © Around The Rock

 

– Vous organisez deux expéditions cet été pour les adhérents de votre association, en quoi vont-elles consister ?

Nous souhaitons promouvoir l’écovolontariat sur le long terme. Nous avons décidé d’organiser des expéditions en juin et juillet 2015 au Kirghizistan afin de permettre aux membres de l’association et à d’autres écovolontaires de découvrir le pays des léopards des neiges tout en apportant leur aide à certaines réserves du pays. Nous réaliserons un relevé des espèces observées (observation directe ou traces et indices) afin d’enrichir la base de donnée des réserves, particulièrement en ce qui concerne les espèces patrimoniales (Panthères des neiges, ours des tien shan, loups, lynx, chat manul, mouflon de Marco Polo, bouquetins de Sibérie, cerfs maral).

Les mois de juin et juillet se prêtent particulièrement à la recherche d’aires et zones de nidification de grands rapaces (aigle royal mais aussi aigle botté, circaète, gypaète barbu, vautour de l’Himalaya, vautour moine…). Les données actuelles dans l’une des réserves que nous traverserons étant très faibles, nous nous focaliserons donc sur ces espèces en effectuant des séances d’observation et de prospection.

A terme, cette étude pourrait permettre d’évaluer la densité par espèce et de mettre en place avec les gardes un suivi de population de ces grands rapaces.

Par ailleurs, nous sommes en contact avec les Nations Unies qui nous ont demandé de réaliser un film au sujet d’une future zone protégée à l’est du pays. Cette nouvelle zone qui possède une biodiversité incroyable apportera peut-être d’autres opportunités de programmes écovolontaires. Mais il est difficile de s’avancer pour le moment, car la création de cette zone est un sujet sensible et complexe dans ce pays où les sociétés de chasses, les associations de protection de l’environnement et les industriels doivent se partager le territoire.

 

– La prochaine étape pour vous c’est quoi ?

Nous souhaiterions rejoindre le Népal où il y a de nombreux projets, mais pour l’instant, c’est la partie logistique qui nous pose problème. Nous ne prendrons aucun risque en traversant des pays tels que le Pakistan ou autres zones sensibles. Nous ne savons pas encore à l’heure actuelle quel est le meilleur trajet : Iran, puis bateau ? Ou traversée de la Chine. Cette seconde hypothèse semble la plus sûre, mais les tarifs sont prohibitifs, puisqu’il faut avoir un guide, un permis chinois… Nous allons donc essayer de nous associer à d’autres voyageurs pour mutualiser les coûts fixes, mais malgré cela, cela représente un gros budget.

> Suivez les aventures de Céline et Anthony sur leur page Facebook et soutenez leur association Around the Rock via leur blog.

Découvrez en vidéo le reportage de Céline et Anthony sur le léopard des neiges au centre de réhabilitation Nabu au Kirghizistan :

Propos recueillis par Léo d’Imbleval

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