Interview : Pierre Mollo, spécialiste du plancton mais avant tout écologue


Depuis la nuit des temps, la mer a toujours su déchaîner les passions chez certains hommes. Pierre Mollo en fait partie. Breton pure souche, son coup de foudre pour l’océan remonte à sa plus tendre jeunesse. Il a depuis lors dévoué sa vie à la protection du monde du silence notamment. Et plus particulièrement à ses plus petits habitants grâce à son Observatoire du Plancton.

 Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

« Je suis enseignant chercheur, mais ça ne veut pas dire grand-chose. Pour résumer, on m’a souvent dit que j’étais un écologue. C’est un terme que je trouve plutôt juste car je travaille beaucoup sur la pédagogie relative à la sauvegarde des écosystèmes marins. Aujourd’hui c’est ce qui m’anime et plus précisément lorsqu’il s’agit de faire partager mes connaissances sur ce monde méconnu qu’est le plancton. »

Pierre Mollo, aujourd'hui retraité, continue de dévouer chaque jour de sa vie à la protection des océans. © DR

Pierre Mollo, aujourd’hui retraité, continue de dévouer chaque jour de sa vie à la protection des océans. © DR

 

 Quel a été votre parcours professionnel ?

« Après avoir passé près de 40 ans auprès des gens de mer, je termine ma vie professionnelle au ministère de l’agriculture et de la pêche comme enseignant-chercheur à Beg-Meil en Baie de Concarneau. Dans mon labo, je poursuis mes travaux sur l’étude du plancton et son interrelation avec les écosystèmes marins. Je réalise également depuis 1972 des films, d’abord en 16mm puis en vidéo numérique. J’ai réalisé ou coréalisé environ 25 films. La concertation entre les gens de la terre et de la mer pour la reconquête de la qualité des eaux et de la pérennisation de nos métiers occupe une grande partie de mon temps. Depuis 2008 et avec le soutien de la Fondation Charles Léopold Mayer et le centre de découverte des Océans Océanopolis à Brest, je coordonne également un ensemble d’activités liées au plancton. »

En bref, le plancton qu’est-ce que c’est ?

« En une phrase, je dirais que le plancton, c’est le parent pauvre de la biodiversité. Tout le monde parle de la biodiversité, des baleines, des dauphins, des poissons mais jamais on ne parle de la biodiversité de l’invisible qui est pourtant essentielle. Il y a deux grandes sortes de plancton : végétale et animale. La partie animale est composée d’organismes microscopiques mais aussi de larves. Celles-ci grandiront ensuite et ne seront plus considérées comme du plancton. La partie végétale est ma spécialité. Elle est composée de minuscules algues parfois grosses de seulement quelques cellules. Mais ce n’est pas parce qu’ils sont petits qu’ils ne sont pas intéressants. »

Quel rôle joue le plancton dans la gestion des ressources maritimes ?

« Le plancton, c’est la base de la chaîne alimentaire. Il faut imaginer une pyramide, sans le plancton toute la pyramide s’effondre. Or au sommet de la pyramide se trouve les produits habituellement consommés par l’Homme. Sans le plancton, on peut donc rayer les produits de la mer de notre alimentation. Mais ce n’est pas la quantité de plancton qui est importante, c’est sa diversité. Du plancton, il y en aura toujours, ce qui est important c’est de préserver les espèces les plus fragiles. »

Pour Pierre Mollo, la pêche n'est pas à bannir, bien au contraire, il faut seulement la contrôler afin de préserver l'environnement. © Jacques Caffin

Pour Pierre Mollo, la pêche n’est pas à bannir, bien au contraire, il faut seulement la contrôler afin de préserver l’environnement. © Jacques Caffin

Que pouvez-vous nous dire sur le plancton en tant que source de nourriture ?

« Cette application concerne uniquement le plancton végétal. C’est un domaine qui a encore été assez peu approché. Même si il est déjà présent en complément alimentaire, nous souhaiterions faire du plancton un aliment pour tous. Ce qui reste encore assez compliqué car les moyens de culture sont encore assez méconnus. Le problème c’est qu’aujourd’hui le plancton, sous la forme de pilules la plupart du temps, reste trop cher. Le vrai défi consiste à faire bénéficier la planète entière de ces micro-organismes. Ils pourraient, grâce à leur grande valeur nutritive, apporter une vraie solution au problème de la malnutrition. »

Quelles pourraient être les autres applications du plancton dans le développement durable ?

« Déjà il faut savoir que la plancton est un très grand capteur de CO2. Après l’avoir absorbé, il va ensuite le réduire en oxygène. Il recycle ainsi l’air de notre planète. Pour vous donner une idée, plus de 50% de l’oxygène présent sur Terre a été produit par le plancton végétal. Bien au-delà de la forêt amazonienne, au fond c’est lui le vrai poumon de la planète. Il est aussi utilisé en cosmétique depuis un moment. On voit aussi certains tenter d’en faire des biocarburants mais on n’y croit pas trop. Cela couterait bien trop cher. De nombreux médicaments sont également élaborés à partir du plancton. »

Il existe un très grand nombre de variétés de plancton différentes, qu'elles soient animales ou végétales. © Proyecto Agua

Il existe un très grand nombre de variétés de plancton différentes, qu’elles soient animales ou végétales. © Proyecto Agua

Vous êtes aujourd’hui retraité, comment occupez-vous vos journées ?

« Aujourd’hui je suis définitivement passé du côté professionnel au côté associatif de ma vie. En plus de mes activités à Océanopolis, j’interviens régulièrement en milieu scolaire. Que ce soit en primaire ou au collège, je pense que la sensibilisation des jeunes générations est primordiale si l’on veut voir les choses bouger un jour. L’exploitation des ressources maritimes doit cesser. D’autant qu’on peut très bien parvenir à l’équilibre sans pour autant arrêter la pêche. »

Vous êtes à la fois auteur et réalisateur, quel support préférez-vous pour transmettre votre message ?

« Les deux sont complémentaires en fait. Le livre apporte la connaissance je pense, mais le film apporte le côté émotionnel. Même si l’on espère toucher les gens même dans la lecture, rien ne sera jamais plus parlant qu’une belle image. La vidéo permet de donner une dimension artistique au plancton. Aidé de la musique, on arrive véritablement à faire partager ce qu’on appelle entre nous la valse invisible. On commence à travailler beaucoup là-dessus. J’ai nottament collaboré avec des peintres, des dessinateurs, des sculpteurs et même des musiciens qui, à partir de mes travaux, trouvent une inspiration pour leurs œuvres. »

Un dernier argument pour convaincre qu’il est temps de se préoccuper du plancton ?

« En 2050, nous serons 9 milliards d’humains sur cette planète. Il faudra nourrir toute cette foule. Je pense que la plupart de nos ressources pourraient venir de la mer. C’est pourquoi nous devons nous employer à préserver cet écosystème en trouvant l’équilibre qui nous permettra de bénéficier aussi de ses bienfaits. Protéger le plancton aujourd’hui, c’est protéger notre qualité de vie de demain. »

Propos recueillis par Léo d’Imbleval

 

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