La France dit enfin non au trafic d’ ivoire


Ségolène Royal a confirmé, mercredi 28 janvier, que la France ne délivrera plus de permis d’exportation d’ivoire en dehors de l’UE. La veille, de nombreuses ONG avaient adressé une lettre à ce sujet à la ministre de l’Ecologie.

Entre 2010 et 2012, environ 100 000 éléphants ont été tués pour leur ivoire, selon les chiffres de la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. Des quantités colossales et qui seraient principalement revendues grâce à la France et à destination des marchés asiatiques.

Pourtant, il est légalement impossible, dans l’Hexagone, d’acquérir de l’ivoire ‘’récent’’. De fait, pour pouvoir être vendu, l’ivoire doit se trouver dans l’Union Européenne depuis, au moins 1990. Et l’on parle ici d’ivoire brut non retravaillé. En cas de pièces sculptées, cette date limite d’entrée sur le territoire passe à 1947.

Seulement la législation est bien loin de la réalité. Dans la pratique, de nombreuses personnes falsifient les certificats pour pouvoir revendre de l’ivoire illégal, issu du braconnage. Selon les ONG signataires de la lettre envoyée à Ségolène Royal, « La France a, en 2013, délivré des permis d’exportation pour 116 défenses d’éléphants d’Afrique, une quantité record jamais atteinte depuis 1990. »

 L’ivoire illégal pourrait facilement rentrer en France grâce à des réseaux d’Afrique de l’Ouest. Selon Charlotte Nithart, porte parole de l’association Robin des Bois, il serait ensuite expatrier vers d’autres pays : « En 2014, plus de trois tonnes d’ivoire brut ont été vendues dans des salles aux enchères. La totalité de ces ivoires a été achetée par des ressortissants étrangers. Sous le couvert de l’ivoire légal, des filières écoulent de l’ivoire illégal en Asie. »

 

Les chiffres du ministère montrent une hausse significative du nombre de certificats d'exportation hors UE délivrés depuis ces deux dernières années (315 en 2014 contre 54 en 2012). © Jim Frost

Les chiffres du ministère montrent une hausse significative du nombre de certificats d’exportation hors UE délivrés depuis ces deux dernières années (315 en 2014 contre 54 en 2012). © Jim Frost

UNE VOLONTE COMMUNE A L’EUROPE

Pour mettre un terme à ce trafic, et à cette aberration juridique, la France a donc décidé de ne plus délivrer de certificats d’exportations. Rendue active le 28 janvier 2015 par Ségolène Royal, cette décision s’aligne avec les normes déjà en vigueur en Allemagne et au Royaume-Uni. Le projet de loi sur la biodiversité, voté en mars à l’Assemblée Nationale, devrait également s’inscrire dans la même ligne de pensée.

Un beau progrès, salué unanimement par les ONG, mais qui peut être amélioré. « Je me réjouis de l’interdiction des exportations, mais je regrette qu’on ne suspende pas la vente en général. » s’inquiète Alain Bougrain-Dubourg, président de la ligue pour la protection des oiseaux (LPO). En accord avec la fondation Brigitte Bardot qui, en la personne de Christophe Marie, a défendu « une interdiction de tout commerce en France ».

 

Léo d’Imbleval

 

 

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *