Faeryland, film culte et œuvre générationnelle 


Le samedi 5 septembre dernier dans un des temples du Cinéma indépendant, le Saint-André des Arts dans le quartier St-Germain à Paris, Magà Ettori, a projeté son long métrage : Faeryland ! Magà Ettori signe ici un film à la puissance captivante, où légende initiatique et reportages actuels expriment la même conviction : de la survie de l’animal dépend la survie de l’homme. Faeryland est sans conteste l’un des films les plus originaux de cette rentrée. Magà Ettori ouvre avec son cinquantième film l’ère du cinéma citoyen. Beaucoup d’émotion dans la salle, et un débat qui s’est achevé tard dans la nuit. Un film déjà culte et une œuvre générationnelle !

Crédit : Nicolas Cornu

Crédit : Nicolas Cornu

Ne cherchez pas Faeryland sur une carte du monde. Vous ne trouverez ce pays nulle part… et pourtant vous y vivez peut-être à votre insu. Car le somptueux film éponyme de Magà Ettori tend à notre planète un miroir sans concession – à travers une construction saisissante, un  tissu dont la trame entrelace belles images et projections d’apocalypse, où fiction et réalité tendent au même but. Le réalisateur inspiré offre un imaginaire qui se nourrit de notre réalité la plus cruelle.

Au commencement était le Sidh, un paradis… Mais comme pour tous les paradis, il faut s’en monter digne : les dieux, par le désordre perturbateur de leurs sentiments et l’intensité de leurs querelles, en sont chassés. Ils ne sont pas les seuls. Et sur le sol de Faeryland se retrouvent pêle-mêle toutes les occurrences du vivant. Évidemment, il n’est pas question de raconter cette belle histoire menée de main de maître, qui débute en héroic fantasy et se poursuit comme un parcours initiatique. Mais on peut dire que sur Faeryland l’homme impose sa loi, la loi du plus fort,  et son ordre mène au chaos, jusqu’à ce qu’un virus menace de clore définitivement toute vie. Pour assurer le salut de tous, le dieu-druide Cathbad, amant de la reine Ness, doit, par un retour aux sources de l’ésotérisme originel, retrouver le Graal… L’homme, cet être que l’on dit doué de raison, s’est trop révélé prédateur et dévastateur. Sans parler de l’inconscience qu’il manifeste vis-à-vis des générations futures, il détruit les espèces, mutile la nature et ne construit que sa propre perte.

Pour illustrer l’évolution de la situation, éveiller les consciences tout en distrayant, Magà Ettori intercale des séquences actuelles, dont l’horreur contraste avec la splendeur épique et baroque de la narration. Dans le pays merveilleux, on va du laboratoire à l’arène, de l’élevage à l’abattoir, dans une vertigineuse logique de déchéance.  « Le jour viendra où les personnes comme moi regarderont le meurtre des animaux comme ils regardent le meurtre des êtres humains » écrivait Léonard de Vinci. Pour « les personnes comme lui », peut-être. Mais pour la masse, il se trompait : la sur-information rend la population indifférente aux morts tragiques de par le monde : les exécutions sommaires, les déportations en tous genres, les catastrophes écologiques, dans leur immédiateté brutale et aussitôt connue,  saturent notre regard – alors les animaux…

Crédit : Nicolas Cornu

Crédit : Nicolas Cornu

Pourtant, et c’est l’avis que Magà Ettori soutient avec une force quasi charismatique, c’est d’abord par la reconnaissance du sort qui leur est fait que peut passer notre sauvegarde, en insérant des protocoles de destin commun. La proximité potentielle ne suffit plus ; il faut passer à la proximité active. Il y a le problème du ressenti des espèces dites inférieures, de leur douleur. Mais aussi le ressenti de l’homme face aux comportements de ses semblables, à leur cruauté qui, entre explication et alibi, s’appuie sur la nécessité de se nourrir, le besoin de se divertir ou l’impératif de faire progresser la science. Magà Ettori ne prend pas la posture de l’indigné de service, de celui qui est saisi par surprise. Mais il conduit le spectateur à l’indignation, en lui ouvrant les portes de l’insoutenable. Tout cela servi par une sublime histoire hors du temps – si le conte est beau, la réalité est parfois horrible, mais c’est par le conte qu’on trouve des raisons de l’attaquer de face et de rompre la fatalité. Ce télescopage aurait pu aboutir à un travail disparate, décousu, affaibli par sa dimension pédagogique. Il n’en est rien : les parallèles se rejoignent, se confrontent, argumentent l’une contre l’autre. Il aurait aussi été facile à Magà Ettori, qui domine et son sujet et sa technique, de nous pousser au dégoût par une accumulation d’images-chocs. Mais il va au-delà, et conduit le spectateur à réfléchir au sens de sa destinée tout en s’immergeant avec plaisir dans la légende.

En s’appuyant sur ce parti pris, le réalisateur retrouve la fonction essentielle du mythe : donner une puissante allégorie du monde tel qu’il est. Ne craignons pas de le dire : avec Faeryland, la défense des animaux tient son œuvre de référence – un film maîtrisé, dont la trame rigoureuse donne du sens à l’émotion. Que dire, quand la vigueur créatrice se met aux service de causes justes ? On ne peut qu’apprécier, et remercier. Et cela d’autant plus que Faeryland, qui allie le merveilleux du conte à la rigueur du documentaire, l’intemporalité à la temporalité la plus brûlante, était très attendu par les tenants de la cause animale et les associations sensibilisées à ce problème. Mais il serait réducteur de réduire Faeryland à un propos militant. Le film garde une dimension de divertissement qui le rend accessible à tous. Pour Magà Ettori, l’animal nous justifie dans notre dignité d’homme. Si au cœur de la fable divertissante il a réussi, ce qui est le cas, à intégrer une démonstration utile, c’est tant mieux pour tous. En somme, Faeryland est-il un film écologiste ? Sans doute. Mais c’est surtout un film humaniste tant il est habité d’une foi en l’avenir, qu’il exprime avec d’autant plus de force que les acteurs la portent avec conviction – une mention spéciale à l’étonnant Yves Duteil qui fait ses premiers pas au cinéma avec brio et sincérité. Le pire est là, certes, mais il n’est pas inéluctable. Et le Sidh paradisiaque, lieu de la coexistence harmonieuse entre les espèces, reste à portée de vue. Il suffit pour y accéder à nouveau de vouloir réadmettre la noblesse du vivant sous touts ses formes. La saga généreuse et puissante de Magà Ettori, où le respect de toute vie est érigé en principe, va dans cette direction.

Toutes les infos sur www.faeryland-lefilm.com

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