Eléphants de cirques : quand le spectacle nous trompe


La situation des éléphants, jugée « préoccupante », perdure en France alors même que 23 pays, dont 9 Etats européens, ont interdit l’utilisation des animaux sauvages dans les cirques. Dans une tribune parue dans Le Monde ce vendredi, neuf vétérinaires et éthologues appellent à cesser cette captivité.

 

Vous êtes certainement allé au cirque lorsque vous étiez petit. Peut-être même y allez-vous encore, y emmenez-vous à votre tour vos enfants ou vos petits-enfants. Peut-être avez-vous un jour éprouvé, comme tant de monde, cet émerveillement, à la vue de ces animaux si imposants et si fascinants que sont… les éléphants.

 

Stop au déni

 

Lorsque que l’on n’habite ni dans la savane, ni dans la jungle et qu’on n’a pas la chance de voyager, difficile de rencontrer un éléphant, un lion ou un tigre ailleurs que dans les cirques et les zoos. Puisque ce sont les seuls lieux où l’on peut en voir, difficile donc, de résister à la tentation, surtout lorsque l’on est enfant. Le cirque, c’est même encore mieux : non seulement on peut voir des animaux sauvages, mais en plus, ils nous offrent un véritable spectacle, sautent dans le feu, font des pirouettes et autres numéros qui, hélas… nous amusent, nous impressionnent et nous mettent des étoiles plein les yeux. Dans les années 1930, les cirques ont parfaitement su jouer de cette illusion, de cette fausse magie. Cette période est celle de l’âge d’or du dressage aux Etats-Unis. Le film De l’eau pour les éléphants – dans lequel une éléphante de cirque est torturée – en est la parfaite illustration. Il nous montre à quel point il est facile pour un cirque de « tromper » son public avec un éléphant.

 

Mais nous ne sommes plus dans les années 1930 et nous avons aujourd’hui des milliers d’autres sources de distraction que l’observation sadique et malsaine d’un animal qui souffre. Les cirques sans animaux, à l’instar du Cirque du Soleil, sont une alternative parmi tant d’autres.

 

Cette distraction, ce « waouh », il est donc temps d’y mettre un terme. A l’heure où l’information se divulgue à toute vitesse et est à la portée de tous, comment peut-on encore « aimer » voir des animaux captifs faire les clowns ? Nous ne ne pouvons plus vivre dans le déni, continuer d’aller au cirque comme si nous ne savions pas ce que la « magie » cache à l’arrière des chapiteaux.

 

La torture est-elle vraiment un spectacle ?

 

Dans une tribune parue dans Le Monde, neuf vétérinaires et éthologues* proposent une piqûre de rappel à ceux qui auraient encore des doutes : outre la douleur physique due aux numéros exécutés contre-nature (faire asseoir un éléphant par exemple) et aux multiples coups qu’ils subissent, les pachydermes de cirques sont brisés psychologiquement : arrachés à leur milieu naturel, ils (sur)vivent isolés dans des cages de quelques mètres carrés, et voient leur quotidien rythmé par les répétitions épuisantes et violentes. Alors qu’un troupeau d’éléphants peut parcourir 80 km par jour, un éléphant de cirque, lui, peut à peine faire un pas : ce sont les remorques qui avancent à sa place…

 

« Comme tout animal de cirque itinérant, les éléphants passent leur vie attachés et enfermés dans des remorques pendant les transports. Un cirque sillonne jusqu’à 10 villes par mois, ce qui représente des milliers de kilomètres chaque année et de longues heures durant, sans eau ni nourriture », écrivent les scientifiques.

 

Il n’est pas rare de voir des éléphants présenter des comportements stéréotypés dans les cirques : une trompe qui se balance sans cesse de droite à gauche est un signe de mal-être, comme on le voit dans la vidéo ci-dessous :

Parfois, cette souffrance est telle que les éléphants refusent d’obéir, résistent et tentent de s’enfuir. Cela a été le cas de Samba, désormais renommée Tania, qui, malgré les efforts de l’association Once Voice, demeure l’esclave du Cirque d’Europe depuis le début des années 2000.

 

Face à ce constat, les vétérinaires et éthologues tirent la sonnette d’alarme : « A la lumière des connaissances scientifiques actuelles, nous, éthologues, zoologistes et vétérinaires, lançons un appel d’urgence sur la situation, gravement préoccupante, des éléphants dans les cirques et demandons l’arrêt immédiat de leurs représentations. »

 

Quant aux pachydermes prisonniers des cirques, les scientifiques ont espoir en un futur sanctuaire : Elephant Heaven porte bien son nom, puisque dès 2017, il permettra aux éléphants captifs de vivre une retraite paisible en semi-liberté dans le Limousin.

 

Elisa Gorins

 

> A lire aussi : Mais qu’est-ce que c’est que ce cirque ? 

 

* Les neuf vétérinaires et éthologues signataires de la tribune du Monde sont : Thierry Bedossa, Dorothée Aillerie, Norin Chaï, Philippe Devienne, Claire Fournier, Yann Huchedé, Julie Lasne, Cyric Leduc et Joël Minet. Lire la tribune sur le site du Monde

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *