Ce que cachent les animaleries des quais de Seine


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REPORTAGE. Le commerce lié aux animaux de compagnie est à son apogée. Pour répondre à une demande en perpétuelle croissance, l’offre a dû s’adapter. Aujourd’hui, avec plus de 800 000 animaleries en France, on peut acheter chiens, chats ou NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie) comme on fait ses courses au supermarché. 

Paris, Quai de la Mégisserie. En pénétrant dans la première animalerie de ce célèbre quai, on est immédiatement saisi par l’odeur insoutenable de cette étroite échoppe nommée « Au Paradis des oiseaux. » D’ailleurs, l’enseigne porte mal son nom : les oiseaux, écrasés dans des cubes minuscules, n’ont même pas la place de déployer leurs ailes. Il fait sombre, le sol est mouillé, tout paraît sale. De part et d’autre de la boutique, des chiots sont entassés les uns contre les autres dans de tout petits boxes aux vitres transparentes. Au fond de la boutique, trois jeunes vendeurs discutent sans se soucier de l’insalubrité des boxes. Visiblement, ils ne sont pas disposés à divulguer de renseignements : « Allez voir dans l’animalerie d’à côté, lancent-ils froidement, demandez Jean*, il adore les journalistes. » Devant eux, un box légèrement plus large que les autres abrite quatre grands chiens presque adultes : un berger allemand, un labrador et deux croisés yorkshires étonnamment grands. « Ce sont des chiens adultes, affirme un vendeur, élevés en France. Ce sont des chiens de sécurité, élevés pour ça. » Des chiens de sécurité ? Le berger allemand, pourquoi pas, mais les yorkshires, cela semble difficile à croire…

Origine des chiens douteuse

Dans l’animalerie suivante, une dame ayant acquis un chiot de trois mois quelques jours plus tôt dans une autre animalerie, explique au vendeur qu’elle ne peut finalement pas le garder car elle y est allergique. « Oui, bien sûr qu’on peut vous le reprendre. Qu’est-ce que c’est comme race ? Un épagneul papillon ? Ça se revend très bien ça, il n’y a pas de problème. Une femelle en plus ? C’est bien, elle pourra se reproduire. Apportez-la-moi cet après-midi » lui répond le marchand. Si cette animalerie accepte de récupérer les animaux de particuliers sans connaître quoi que ce soit de plus ni sur le chien ni sur son propriétaire, cela laisse imaginer tout et n’importe quoi à propos de la provenance des chiens vendus… Ne nous voilons pas la face : des trafics, il y en a certainement.

Dans une troisième animalerie, un chien type berger allemand est bradé à 380 € au lieu 1 300 € car « trop encombrant » selon le marquage inscrit sur la vitre. Difficile de croire que cette seule excuse engendre 900 € d’écart avec le prix d’origine. Quant à l’animalerie suivante, le fameux Jean* que le « Paradis des oiseaux » recommandait, se dit lui aussi « trop occupé » pour donner des renseignements – alors qu’il n’y a pas un seul client dans la boutique et qu’il ne faisait visiblement rien jusque-là. Y aurait-il donc des choses à cacher ?

Un business avant tout

Une jeune femme entre alors dans la boutique et porte son dévolu sur un petit chiot parmi une multitude d’animaux amorphes ou tremblants de peur. Un vendeur lui explique qu’il s’agit d’un croisé bichon/teckel/yorkshire et « qu’il y a probablement du chihuahua aussi dedans ». Un peu évasif comme réponse. Ce chien provient « d’un élevage en Belgique » poursuit-il avant de préciser : « Beaucoup de nos chiens viennent de là-bas, il n’y a pas de problème avec eux. » Et d’ajouter : « Le chien est vacciné, pucé et délivré avec un carnet de santé. » Au prix de 750 €, ce chien est déjà là depuis une semaine et n’a pas trouvé d’acquéreur. Soit une semaine d’enfermement dans une petite boîte, sans contact avec l’homme ni avec l’extérieur. De quoi « poser de futurs problèmes de sociabilité » selon les vétérinaires, d’autant que certains chiens « restent [dans l’animalerie] maximum 15 jours » d’après le vendeur. « Qu’advient-il des chiens qui ne trouvent pas de maîtres ? » interroge la potentielle acheteuse. « Cela n’arrive pas, ils sont  tous vendus » lui répond-on. La Fondation 30 Millions d’Amis, elle, explique que « les animaux invendus dans les animaleries sont renvoyés aux éleveurs qui les avaient fournis auparavant, qui, soit les gardent, soit les ramènent dans leur pays d’origine. » Mais bien souvent, c’est l’euthanasie qui attend les chiens dont personne n’a voulu. Ou pire : la vente à des laboratoires pratiquant des tests sur animaux.

Toujours est-il que dans le cas présent, le vendeur ne  pose pas la moindre question sur les conditions de vie ou sur le temps que cette femme aura à consacrer à son nouvel ami à quatre pattes. Tant qu’elle lui achète le chien, l’avenir et le bien-être de l’animal n’ont guère d’importance. Après tout, ce n’est qu’un commerce.

Elisa Gorins

 

*Nom modifié par la rédaction.

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