Bloom : à la rescousse des fonds marins


Cela fait bientôt 10 ans que l’association Bloom se bat pour lutter contre le chalutage en eaux profondes. Un combat difficile tant la désinformation de l’opinion publique est grande sur ce sujet. Mais Bloom n’est pas une association comme les autres et compte bien faire entendre sa voix.

Bloom est née fin 2004 de l’initiative d’une femme : Claire Nouvian. Véritable bourreau de travail, elle cumule les titres de journaliste, réalisatrice et auteur en plus d’être la directrice actuelle de Bloom. Sensibilisée à la cause des profondeurs marines en 2001, elle compte sur des méthodes innovantes afin que sa voix soit entendue. En effet, chez Bloom, pas de tracts ou autres démarches publicitaires. Non, dans cette association, on préfère nettement miser sur le changement des mentalités. Et pour les changer durablement, il faut commencer tôt ! C’est pourquoi Bloom intervient beaucoup auprès des jeunes et de leurs professeurs. Par le biais de concours artistiques ou scientifiques, mais aussi en organisant pièces de théâtres et expositions, Bloom veut pousser les dirigeants de demain à repenser le mode d’exploitation des ressources maritimes. « La sensibilisation des jeunes publics occupe une place importante dans les missions de Bloom », explique Claire Nouvian. Elle agit également comme un organe de recherche indépendant et tente de créer l’expertise qui manquait désespérément à cette lutte. L’association n’hésite également pas, quand cela est justifié, à saisir la justice.

A l'inverse du chalutage, la pêche artisanale ne causerait aucun dégâts si pratiquée de façon responsable. © Omar DZ

A l’inverse du chalutage, la pêche artisanale ne causerait aucun dégât si pratiquée de façon responsable. © Omar DZ

Pari gagné ?

Une décennie après sa création, Bloom n’a pas à rougir du travail accompli. L’ouvrage Abysses, dont fut tiré l’exposition éponyme, a été traduit dans 10 langages et tiré à 150 000 exemplaires. Les poursuites en justice ont permis de nombreuses avancées. Parmi lesquelles la suppression du label “pêche responsable”  que c’était auto-attribué le groupe Intermarché ou le retrait du requin de la carte de grands restaurants de Hong-Kong. Bloom a également oeuvré pour l’adoption par l’Union Européenne du règlement de contrôle des pêches.

A travers Bloom, Claire Nouvian s’est levée pour prendre la défense d’un écosystème souvent oublié et pourtant d’une incroyable richesse. Grâce à des méthodes innovantes, elle permet au public de s’informer sur ce sujet d’une importance capitale. On se souvient notamment de la BD publiée sur Internet avec la dessinatrice Pénélope Bagieu qui avait rencontré un vif succès.

La pétition de Bloom contre le chalutage profond , appuyée de la BD dessinée par Pénélope Bagieu, avait généré un buzz conséquent sur le net. © Pénélope Bagieu

La pétition de Bloom contre le chalutage profond , appuyée de la BD dessinée par Pénélope Bagieu, avait généré un buzz conséquent sur le net. © Pénélope Bagieu

 

Une action qui ne fait cependant pas l’unanimité

De nombreuses associations, de stature plus modeste, trouvent cependant à redire aux actions de Bloom. Accusées de « mettre tout le monde dans le même panier », les demandes de l’association de Claire Nouvian, si elles étaient entendues, nuiraient grandement à la pêche artisanale. Pêche qui représente aujourd’hui près de 80% de la pêche mondiale et qui, à l’inverse de la pêche industrielle, respecterait l’écosystème marin. Car en emprisonnant sous une cloche la totalité des fonds marins, comme le souhaite Bloom, on prive un nombre incalculable d’humains de leur moyen de survie. Des associations telles que « L’observatoire du plancton » prônent donc le partage des méthodes de pêche respectueuses de l’environnement afin de mieux faire comprendre aux consommateurs qu’un équilibre est possible.

L’action de Bloom est d’ailleurs très « stigmatisante » pour les travailleurs marin, selon Pierre Mollo, fondateur de l’Observatoire du Plancton. D’autant plus que la plupart d’entre eux se sont inscrits, depuis de nombreuses années maintenant, dans des programmes de repeuplement et de sauvegarde du milieu marin. Reste à savoir maintenant qui, de la journaliste multi-diplômée ou du travailleur local, est le plus à même de nous amener à comprendre les enjeux d’une meilleure gestion de nos réserves marines.

Léo d’Imbleval

 

Suite à la publication de cet article, l’association Bloom a souhaité bénéficier du droit de réponse, le voici donc en intégralité :

 

Notre droit de réponse porte sur le dernier paragraphe de l’article (« BLOOM : à la rescousse des fonds marins »). Nous avons été surpris du contenu de ce paragraphe, d’autant plus que nous n’avons pas été consultés lors de sa rédaction afin d’y apporter notre point de vue. Nous regrettons profondément de constater que La Gazette Animale fasse écho à des allégations infondées au sujet de la pêche chalutière en eaux profondes et des motivations de BLOOM. Ci-dessous, nous apportons notre point de vue sur le contenu de ce dernier paragraphe :

 

« De nombreuses associations, de stature plus modeste, trouvent cependant à redire aux actions de Bloom. »

BLOOM collabore régulièrement avec des dizaines d’ONG environnementales, petites ou grandes (le rassemblement contre le chalutage profond en novembre 2014 avait réuni dix ONG[1]). A notre connaissance, aucune d’entre-elles n’a jamais remis en cause publiquement nos actions à part Blue Fish. Cependant, cette dernière est en fait plus connue pour faire le lobbying de la pêche industrielle française, ce qui n’en fait pas une ONG environnementale crédible.

 

« Accusées de « mettre tout le monde dans le même panier », les demandes de l’association de Claire Nouvian, si elles étaient entendues, nuiraient grandement à la pêche artisanale. Car en emprisonnant sous une cloche la totalité des fonds marins, comme le souhaite Bloom, on prive un nombre incalculable d’humains de leur moyen de survie. »

Une confusion est faite dans l’article entre la pêche profonde industrielle réalisée par quelques gros chalutiers, que BLOOM décrie, et la pêche artisanale, soutenue par l’association[2]. Les énormes bateaux français qui pratiquent la pêche profonde restent en mer au large du Nord-Ouest de l’Ecosse, avec des marins qui sont acheminés en jet privé puis en hélicoptère. On est donc très loin de la pêche artisanale. Même au sein de la pêche profonde nous ne mettons pas tout le monde « dans le même panier », puisque BLOOM soutient par exemple une pêcherie artisanale à la palangre profonde au large des Açores et de Madère. Cette pêcherie y existe depuis plus de 100 ans et a un impact beaucoup plus limité sur les habitats locaux et sa biodiversité marine.

 

Enfin, agiter la menace de la destruction d’emplois dans un contexte de crise économique et de chômage de masse est légitime, mais encore faut-il que celle-ci soit fondée sur des données réelles. La manipulation de ces chiffres par les lobbies de la pêche industrielle leur a servi de bouée de sauvetage car ils étaient incapables de justifier leurs pratiques de pêche destructrices autrement. Cependant, BLOOM a estimé qu’entre 44 et 112 emplois seulement étaient directement liés à cette activité de chalutage en eaux profondes (les captures ciblées dans ces eaux ne représentant que 25 à 40% de l’activité totale des navires concernés), soit 0,2 à 0,5% des pêcheurs français (132 et 470 emplois totaux – directs et indirects – seraient induits en France par cette pêcherie)[3]. Ces chiffres ont été confirmés par une étude de l’organisme d’Etat IFREMER[4], le sort des « pêcheries traditionnelles » françaises ne dépend donc en aucun cas de la pêche en eaux profondes. En fait, une transition du secteur des pêches vers des pratiques plus artisanales produirait un effet bénéfique quant au nombre d’emplois générés (sans compter les effets bénéfiques sur la ressource).

 

 

« L’action de Bloom est d’ailleurs très « stigmatisante » pour les travailleurs marin, selon Pierre Mollo, fondateur de l’Observatoire du Plancton. D’autant plus que la plupart d’entre eux se sont inscrits, depuis de nombreuses années maintenant, dans des programmes de repeuplement et de sauvegarde du milieu marin. »

Là encore, il nous semble qu’il y a confusion. Comment est-il possible de s’engager « dans des programmes de repeuplement et de sauvegarde du milieu marin » concernant le chalutage en eaux profondes, qui est – rappelons le – la pratique « la plus destructrice de l’Histoire » selon plus de 300 scientifiques internationaux[5]. On parle ici de la destruction d’écosystèmes marins extrêmement vulnérables. Ainsi, comment repeupler des populations de coraux profonds vieux de 4 000 ans ? Comment repeupler les espèces dites ‘accessoires’ lorsque les chiffres des observateurs montrent que pour trois espèces commercialisées, plus de cent autres sont rejetées mortes à la mer[6] ? Les pêcheries profondes au chalut ne peuvent donc en aucun cas minimiser leur impact dans des zones si fragiles, ni compenser les dégâts occasionnés.

 

« Reste à savoir maintenant qui, de la journaliste multi-diplômée ou du travailleur local, est le plus à même de nous amener à comprendre les enjeux d’une meilleure gestion de nos réserves marines. »

BLOOM ne prétend en aucun cas pouvoir remplacer les connaissances du « travailleur local », mais notre recherche indépendante, militante et citoyenne dans l’intérêt des générations futures, permet d’apporter des éléments de réponse quant à la gestion de nos ressources halieutiques. Les nombreux soutiens que nous recevons de pêcheurs artisans nous renforcent dans notre combat, et nous espérons montrer encore à de nombreuses reprises que nous ne mettons pas « tout le monde dans le même panier » et militons pour un renforcement des pêches artisanales françaises.

 

[1] http://www.bloomassociation.org/interdire-le-chalutage-profond-cest-encore-possible/

[2] http://www.bloomassociation.org/nous-connaitre/notre-mission/

[3] http://www.bloomassociation.org/les-emplois-dernier-joker-de-la-peche-profonde/

[4] http://archimer.ifremer.fr/doc/00198/30935/29312.pdf

[5] http://www.bloomassociation.org/declaration-de-soutien-pour-proteger-les-eaux-profondes-des-peches-destructrices/

[6] Dubé et al., 2012. Observations à bord des navires de pêche professionnelle. Bilan de l’échantillonnage 2011 et Fauconnet at al., 2011. Observations à bord des navires de pêche. Bilan de l’échantillonnage 2010.

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