Le bain, ça n’a rien de bien !


La journée avait pourtant si bien commencé : il faisait un temps radieux, le soleil était haut dans le ciel et ma maîtresse avait pris l’initiative d’une promenade. Je me roulais donc dans l’herbe verte avec délice, profitant de cet instant de liberté, tant est si bien que ma fourrure s’en est trouvée légèrement souillée par le sol poussiéreux du parc. J’ai donc, une fois de retour à la maison, entrepris de me nettoyer consciencieusement. Et ce en léchant frénétiquement mon magnifique pelage gris maculé de terre. Enfin, ça c’était sans compter l’énième lubie de celle qui m’héberge : me donner un bain. Pourtant, j’ai beau m’appeler Cobain (ma maîtresse, cette humaine farfelue, est du genre original), je n’ai absolument rien à voir avec ce musicien grunge aux cheveux sales et à l’allure crasseuse. Je n’ai donc nullement besoin d’une douche moi, madame !

Malheureusement, après une heure de course poursuite autour d’un mètre carré de table, elle a réussi à me feinter en tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Et m’a mené à la salle de bain comme on mène un bovin à l’abattoir. La séance de torture a alors débuté : shampouinage, lavage, rinçage… rien ne m’a été épargné. J’ai d’abord senti l’eau tiède ruisseler en cascade sur mon corps, plaquant mes poils et me faisant ressembler à un rat sous-alimenté. Mais je vous rassure, je ne me suis laissé faire et me suis débattu sans relâche, tentant de me hisser désespérément sur les rebords de la baignoire. Le combat fut si rude que la pièce finit inondée : les Grandes Eaux de Versailles !

Vint ensuite le savon, liquide, au parfum écœurant et à la couleur aussi peu avenante. Et dire que cette « chose » est censée me laver, c’est-à-dire enlever les supposées impuretés de ma toison. Je peine à le croire… Et l’autre qui frotte mollement, que dis-je, qui me caresse pour éviter de me faire mal. Mais vas-y, fais mousser que diable ! Que ça fasse vite de l’effet et qu’on abrège mes souffrances ! C’est un moment si peu agréable que la deuxième chute du Niagara qui me tombe sur le museau est presque vécue comme un soulagement qui marque la fin de mon calvaire. Ah non, pardon, il y a encore l’essorage à la serviette éponge…

Alors certes, à présent je suis propre, mais mon amour, lui, ne l’est plus. Et ma dignité, définitivement morte noyée.

 Signé : Cobain

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"Que n'ai-je donc mérité pour être ainsi baigné ?"

« Que n’ai-je donc mérité pour être ainsi baigné ? »

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