Animaux du spectacle : de vraies bêtes de scène ?


Lions de cirque - © Wikimedia Commons

Lions de cirque – © Wikimedia Commons

A l’abri des regards, derrière le strass et les paillette de la scène, ces animaux « stars » exhibés chaque jour devant un public de plus en plus exigent, subissent la domination de l’Homme. On ignore bien souvent jusqu’où cette cruauté peut aller.

 

Des lions qui traversent un anneau de feu, un éléphant qui tient en équilibre sur une boule de bowling, une otarie qui fait du skateboard… rien n’est jamais assez farfelu pour séduire et distraire un public qui, à l’heure des plus grandes avancées technologiques, n’est plus impressionné par grand-chose. Aujourd’hui, les cirques doivent donc redoubler d’imagination pour attirer les foules. Pour cela, ils doivent repousser les limites des animaux encore plus loin.

« Pour en venir à leur fin, les deux seuls moyens utilisés par les dompteurs sont les coups et la privation de nourriture » s’indigne l’association Code Animal spécialisée dans la relation homme-animal au travers de la captivité. Plusieurs témoignages d’hommes du cirque s’accordent en effet sur le caractère violent du dressage des animaux : « La base du dressage, comme chacun sait, est la punition quand il y a désobéissance et la récompense dans le cas contraire. Une bête sauvage n’obéit pas à son dresseur pour lui faire plaisir, mais pour éviter quelque chose de désagréable » relate un ancien saltimbanque.

La douleur des animaux ne provient pas que des coups de fouet. Elle est surtout due à l’absence d’éléments dont l’espèce a besoin : certaines d’entre elles nécessitent de parcourir des dizaines de kilomètres quotidiennement mais ne peuvent pas faire plus de trois pas dans des cages minuscules déménagées de ville en ville. A cela s’ajoute le stress de la musique, des flashs, des cris du public, de la menace des coups lors des représentations.

 

Comportements stéréotypes

 

Ce climat de peur, de solitude et de douleur conduit à des comportements dits « stéréotypes » révélateurs d’une grande détresse psychologique : il s’agit de mouvements compulsifs répétés plusieurs heures par jour. On peut ainsi observer les éléphants balancer leur trompe de gauche à droite sans cesse, ou encore les fauves tourner en rond. Pourtant un cirque sans animaux serait possible, et c’est là le vœu de l’association Code Animal : « Le Cirque du Soleil est le meilleur modèle : aucun animal n’y participe, et pourtant quel spectacle ! »

 

¡ Olé !

 

Le cirque n’est pas le seul spectacle qui met en scène les animaux. La lutte que mènent de nombreuses associations contre la corrida ne date pas d’hier, elle non plus. Mais dans ce cas encore, tout reste à faire, d’autant que le gouvernement français ne semble pas disposer à modifier la loi. En effet, le 21 septembre 2012, les associations « CRAC Europe » et « Droit Des Animaux », réclamaient la suppression des dérogations qui autorisent la tauromachie comme les combats de coq dans certaines régions, sous prétexte « du principe de tradition locale ininterrompue ». Mais le Conseil constitutionnel a décidé que la tauromachie était compatible avec la loi. Le Premier ministre, Manuel Valls – lui-même né à Barcelone (Espagne), a pris position en faveur de la corrida, estimant qu’il fallait « préserver cette culture », et que la cela « faisait partie de la culture de [sa] famille. » Or, pour l’association Brigitte Bardot, « la corrida espagnole ne fait pas partie de la culture française et de son patrimoine ».

Corrida - © Wikimedia Commons

Corrida – © Wikimedia Commons

Dans une lettre ouverte à Manuel Valls, BB s’indigne : « Vos manœuvres pour défendre cette infamie et intimider les membres du Conseil Constitutionnel au moment même où ils doivent se prononcer sur une question de constitutionnalité est une honte, tout cela est à vomir… Comment le gouvernement peut-il ainsi manœuvrer et mettre en danger l’impartialité des décisions du Conseil Constitutionnel ? » La colère des défenseurs des droits des animaux est d’autant plus vive qu’en réalité, le débat est aberrant : « En France, la corrida est considérée par le Code pénal comme étant un acte de cruauté condamné à 2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende. Mais cette règle générale n’est pas appliquée lorsqu’une « tradition » locale peut être invoquée… C’est un non-sens ! La loi doit être appliquée partout de la même façon ! », s’exclame une membre du collectif anti-corrida, rappelant le principe d’Egalité devant la loi.

Toutefois, les militants ne baissent pas les bras. Ils comptent porter le débat jusqu’à l’Assemblée nationale, espèrent qu’un jour, ce cirque cessera.

 

Elisa Gorins

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *