21 jours… à la S.P.A. : le documentaire qui manque de chien


EDITO. Le documentaire d’Infrarouge, « 21 jours… à la S.P.A. », aurait pu être extrêmement intéressant. Il aurait pu montrer l’envers du décor de la S.P.A., et même sensibiliser les téléspectateurs à la cause animale, et particulièrement au fléau de l’abandon. Cela aurait été pertinent puisque l’émission a été diffusée sur France 2, le 10 juin, à la veille de l’été. Or c’est précisément à cette période que des centaines de Français n’hésitent pas à se débarrasser de leur soi-disant « meilleur ami à quatre pattes » sur une aire d’autoroute…

Malheureusement, ce reportage est loin d’approfondir le sujet. Il montre les locaux de la S.P.A. de Plaisir (Yvelines), et le travail de quelques salariés et bénévoles. C’est la moindre des choses, le minimum syndical, lorsque l’on réalise un documentaire avec une caméra au sein-même de la Société Protectrice des Animaux. Mais outre quelques images, le contenu est hélas peu consistant. Les commentaires sont plats, et l’ensemble du film est trop décousu, à tel point que certaines scènes apparaissent deux fois à l’écran. On assiste à l’enchaînement des journées 1, 2, 3… jusqu’à la 21ème. Mais il n’y a pas vraiment de fil conducteur ni de lien entre les différentes journées. Au beau milieu du documentaire, on passe même 24 heures dans la tête de Tequila, la chienne « masquotte » du refuge qui y vit depuis cinq trop longues années. Une séquence aussi insolite qu’intéressante, mais pourquoi la mettre en plein milieu du film, alors que le téléspectateur suivait jusque-là le quotidien de la journaliste Alexandra Alévêque… ? Mystère. Et peu cohérent.

Alexandra Alévêque justement, parlons-en. Il faut dire que la jeune femme fait preuve d’un manque de professionnalisme terrifiant. C’est d’ailleurs « la » grande faiblesse du documentaire. Alexandra Alévêque représente la caricature absolue de la personne qui ne comprend pas – voire qui méprise – les gens qui aiment les animaux. A plusieurs reprises, on le voit dans son regard. Elle-même l’avoue au début du film : « Je m’appelle Alexandra. Je suis journaliste parce que depuis toujours, je suis sensible au sort des humains. La cause animale me touche moins ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela se voit. Trop.

Bourrée d’a priori, la journaliste, qui s’improvise agent animalier, a bien du mal à s’adapter. Elle ne s’en cache pas. Ramasser des déjections canines semble pour elle une épreuve insurmontable. C’est pourtant le quotidien de ceux qui travaillent à la S.P.A. C’est donc un comble pour quelqu’un qui prétend « s’immerger » dans la vie de ces défenseurs des animaux… Car une immersion ne commence-t-elle pas par une adaptation ?

France 2 – Infrarouge extrait1 21 jours à la S… par france2

Mais pire encore, Alexandra Alévêque frôle parfois le manque de respect. Ainsi, la journaliste s’étonne du nombre d’heures consacrées à la question de l’euthanasie d’un chat. Pour elle, la question ne se pose pas, l’animal étant malade et contagieux, elle aurait réglé ça « en dix minutes ». Comment peut-on manquer de compassion à ce point pour ces personnes qui ont la vie d’un être vivant entre les mains ?

Autre exemple. Lorsque Marie-Laure, la gérante du refuge, explique sa passion et montre des photos de sa chambre d’enfant regorgeant de lianes et de branches pour oiseaux, la journaliste ose un : « tu es maboule ! » Quelle belle preuve de professionnalisme ! C’est si beau de porter un jugement sur des personnes qui ont accepté de se livrer à vous…

Un comportement qui, heureusement, n’est pas passé inaperçu auprès d’une salariée du refuge. Un matin, alors qu’Alexandra Alévêque lui propose son aide, la jeune femme lui répondra, hésitante : « euh oui, mais ça serait bien d’arriver à l’heure ». Et bim, bien envoyé !

Alexandra Alévêque ne comprend pas qu’une bénévole retraitée puisse venir tous les dimanches de l’année promener les chiens du refuge. Elle ne comprend pas que cette même dame lui dise que les animaux sont honnêtes et qu’ils vous aiment tout le temps, contrairement aux humains. Elle ne comprend pas que des gens soient prêts à venir travailler au refuge à 7h du matin même pendant leurs jours de congés. Elle ne comprend visiblement pas grand-chose, finalement, au quotidien de ces personnes qui ont choisi de faire passer la vie des animaux avant la leur.

Et au bout de trois semaines d’immersion, lorsqu’une bénévole lui annonce que désormais, « elle ne verra plus les animaux de la même façon », tout ce qu’Alexandra Alévêque trouve à dire est qu’il en sera de même pour les « Hommes avec un grand H » : « finalement, j’en sais un peu plus sur les humains après cette plongée chez les animaux », conclut-elle. Eh oui, tous les humains ne sont pas égoïstes. Certains « zinzins » comme elle les nomme si poliment sont prêts à faire passer la vie des animaux avant la leur. Aussi leur conseille-t-elle, fidèle à elle-même : « maintenant, il faut apprendre à faire attention à vous ». Trois semaines n’ont donc pas suffi à lui faire accepter que tous les hommes n’ont pas envie de passer leur vie à se regarder le nombril et que faire attention à soi, c’est aussi s’ouvrir à l’Autre. Même si cet Autre a quatre pattes.

France 2 – Infrarouge: extrait 2 21 jours à la… par france2

> Revoir le documentaire « 21 jours à la SPA »

 

Elisa Gorins

 

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